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POLITIQUE SOCIALE. Les bases de notre analyse.
Dans la délibération N°5 présentée au conseil municipal du 16 décembre 2011, est proposée la discussion d'un rapport intitulé « Adapter et renforcer la politique sociale municipale ». Ce titre est clair, mais tandis que la crise s'élargit et menace de devenir de conjoncturelle à structurelle, ne convient-il pas de changer carrément de cadre et de repenser en profondeur et non en surface l'action sociale municipale? Ce rapport porte bien sur la politique sociale municipale, mais avec la seule ambition déclarée , comme on peut le voir à la lecture, de l'adapter et la renforcer. L'ancien texte municipal de référence, datait de 1999, or puisque la législation et les décrets concernant le RSA, les diverses allocations et aides, les subventions etc... ont changé, il convenait, nous dit-on, d'adapter les interventions de la ville et les orientations générales à donner au CCAS. Ce rapport s'appuie très justement sur des chiffres, sur les situations qu'ils suggèrent, mais se contente à la fois de renvoyer au PDD (Programme de Développement durable) et à ses objectifs sociaux, de cohésion, de lien social.. et de rappeler à quelles populations plus particulièrement fragiles le CCAS s'adresse. Il n'y a pas grand chose à dire sur cette démarche logique et attendue. La remise en perspective des priorités fait l'objet de discussions dans toutes les villes, de gauche ou de droite. Simplement ce qui pourrait être considéré comme une politique sociale de redistribution plus ou moins soucieuse des plus faibles, soucieuse de rattraper injustices et inégalités, semble bien anodin en ces temps où la crise ne fait pas que se maintenir mais s'aggrave. Le changement des situations comme le changement dans leur dégradation, l'engrenage non pas conjoncturel, mais structurel, devrait obligatoirement provoquer un autre examen et l'invention de nouvelles interventions à un autre niveau. Examiner comment s'opposer mieux à cet accroissement structurel de la misère. C'est notre sentiment. Et il explique le texte que l'élu label gauche a présenté au conseil municipal du 16 décembre. Parce que le temps de parole de l'élu est injustement limité, nous joignons à son texte ces remarques précédentes et suivantes, afin de mieux faire comprendre quel esprit anime les militants de l'association « label gauche » qui accompagne l'élu. Un court regard sur l'histoire des débuts de la crise, apparue en 1974/1975, fait comprendre comment s'est mise en place une politique sociale, nouvelle à l'époque, mais devenue de plus en plus inadéquate. Aujourd'hui, sur le terrain, existent de nombreuses associations dans lesquelles de nombreux bénévoles s'efforcent de faire face à de plus en plus de gens s'enfonçant dans des problèmes sans fond . Avec le temps, ces associations ont accepté de jouer le rôle que les institutions ont mis en place tandis que depuis 1974, 1975 la crise de l'emploi n'a fait qu'élargir le nombre des « populations » fragiles. Mais à leur création ou lors de leur mutation pour certaines, fin des années 70, leur fonction était singulièrement différente pour beaucoup d'entre elles. Aux débuts de la crise et de la montée du chômage, les militants des organisations syndicales, du cadre de vie, des services sociaux, des services de l'emploi ou de la formation voyaient leur rôle comme celui de délégués à l'écoute des besoins, pour revendiquer les solutions, et les moyens pour ces solutions qui leur semblaient les plus adéquates. Dans la vague beaucoup des élus de gauche qui émergèrent dans les villes en 1977, se voyaient aussi ainsi, défricheurs de solutions, inventeurs collectifs de nouveaux moyens d'intervention pour combattre le chômage et ses effets sur leurs concitoyens. Un certain nombre de structures sont nées. A Saint-Nazaire, pour rappel, un comité local pour l'emploi, rassemblant des individus et représentants d'organismes de formation, des services pour l'emploi, DDTE, ANPE, de la Chambre de commerce, des élus... s'est donné des moyens pour étudier les populations, faire remonter leurs analyses des besoins perçus, pour obtenir des formations spécifiques par exemple. Ainsi naîtront le DPRH, et le Cinq.5, systèmes spécifiques pour lutter contre le chômage. Le lycée expérimental procéda de cet esprit. Saint-Nazaire obtient rapidement la création d'une mission locale pour l'emploi, pouvant intervenir auprès des jeunes dans leur recherche d'emploi, de logement, dans la prise en charge de leur santé. Parallèlement des formations pour les travailleurs immigrés, pour les travailleurs handicapés et les groupes repérés en difficulté. Des structures d'insertion, PLIE, des associations comme le PLUS. Les restos du cœur se développent en parallèle du secours populaire et du secours catholique dont les champs et les modes d'intervention s'élargissent. Et d'autres structures d'abord spontanées, bricolées, bénévoles, puis consolidées pour finir parfois vitrines sclérosées des organismes de pouvoir qui les avaient soutenues. Cette évocation pour rappeler un processus, une méthode et une orientation. De la base au sommet, vers les lieux des budgets. Les besoins étaient écoutés à la base par des militants élus ou pas, qui agissaient pour leur satisfaction, et revendiquaient les moyens adaptés, dans une démarche politique ambitieuse et nouvelle. Aujourd'hui la machine institutionnelle a pris le pouvoir. Les budgets sont décidés en haut et distribués selon des procédures établies et contrôlés. Le choix des populations bénéficiaires et des types d'aide sont faits dans des bureaux, et au gré des « politiques « définies dans les instances des pouvoirs élus ou pas. Chaque instance, Europe, État, Région, département, municipalités, collectrice d'impôts a cherché à se définir des domaines d'intervention auprès de la population pour des raisons de justification et d'élections, et nourrit ses clientèles, guidés par des « élus » devenus professionnels de la politique, tandis que des légions d'administratifs inventent sans cesse des tableaux de gestion toujours plus contraignants, hors du sol et du temps. Les « usagers » ou « clients » des différentes institutions sont dirigés d'un lieu vers l'autre, d'une personne vers l'autre, tenus pas le souci d'obtenir une aide, rendus passifs, concurrents, dépersonnalisés. Quand des agents divers qui les reçoivent, ou des bénévoles d'associations se montrent soucieux d'un « suivi personnalisé », les moyens dont ils disposent ne leur permettent en général pas grande initiative. Sans compter qu'on essaiera de les culpabiliser en les informant des coûts générés. Ainsi va aujourd'hui l'action sociale. L 'intervention sociale de haut en bas et dans ces conditions n'est plus à la hauteur. Ceux qui ont lu Watzlawick reconnaîtront l'analyse déterminante qu'il fait de la nécessité d'un changement en profondeur du cadre d'intervention quand de toute évidence « le toujours plus de la même chose » ne fait que pérenniser l'inefficacité des solutions reproduites. Voilà l'objet de notre critique du mode d'intervention que la ville attend du CCAS. Se contenter de revoir les critères d'attribution quand on est en train de passer de problèmes conjoncturels à un problème structurel. Nous pensons que la gravité de la situation exige de remettre en question ce fonctionnement et faire comprendre les causes actuelles de la destruction sociale, d'aider à faire sortir les victimes d'un rôle passif pour les rendre acteurs collectifs de revendications collectives à la justice et à l'égalité, de donner des moyens de participer à la création de nouvelles formes de solidarités. La place des militants doit être élargie, leur imagination sollicitée et encouragée, les élus se doivent de redéfinir leur fonction comme porte-parole de ceux qui les sollicitent pour obtenir les moyens nécessaires à la mise en place de nouveaux services, de nouvelles façons de combattre les problèmes d'emploi, d'insertion, de formation, de logement, d'aides aux familles... Le rapport à destination du CCAS ne regarde aucunement les choses sous cet angle. On nous renverra sans doute au PDD pour justifier la spécialisation de l'action, déclarer que les formations, le logement ne sont pas de la compétence du CCAS. Belle démonstration de la politique des domaines de compétence sans cesse maintenant invoquée, pour se justifier de ne rien faire en dehors des clous et renvoyer ailleurs... C'est bien ce fonctionnement qu'à « Label Gauche », nous voulons mettre en cause. Nous proposons donc que soit créée une cellule de gens concernés pour susciter les débats entre militants désireux de travailler en commun sur les actions sociales nécessaires à la remise en action d'un maximum de citoyens que leur situation a découragés et mis sur la touche. Que les élus s'engagent à porter et faire aboutir les revendications portant sur un changement de la politique du logement, de l'attribution des budgets à destination collective. Que soient écoutées, analysées et encouragées toutes initiatives contribuant à faire produire et consommer de façon active et responsable. Tel est le sens de notre critique du rapport présenté ce vendredi 16 Décembre. |